03 octobre 2006

Deuxième partie.

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Je n'avais jamais éprouvé ça auparavant.

Bien sûr, on pourrait me dire que mes expériences amoureuses devaient être quand même limitées, vu mon âge... C'est vrai, mais on se fait toujours des idées sur ce que devrait être quelque chose dont on a entendu parler, et qu'on ne connaît pas encore.

Moi, j'imaginais l'amour comme un sentiment doux et tendre, une complicité de tous les instants, une sorte de jeu à deux où on baignait dans une extase complète...

J'avais eu deux petits copains jusque là. On avait échangé des baisers et des caresses furtives, mais ce n'était pas allé plus loin, et je n'en avais pas eu envie.

Là, j'avais l'impression que mon corps s'embrasait, rien que du fait de la proximité de Markos. J'avais l'impression de bouillir de la tête au pied, j'en perdais mes mots (oui, moi!)...
Je voulais plaire, et, pour la première fois de mon encore courte existence, j'avais peur de déplaire. Et je me torturais les méninges pour intéresser cet homme dont je voyais bien qu'il ne restait près de moi que par politesse.

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Mes parents et ma soeur sont rentrés. Trop tôt... J'aurais bien aimé passer un peu plus de temps seule avec Markos, mais nous n'avons même pas fini notre partie de billard.

Sa présence m'a évité les regards noirs et les reproches de maman sur ma "disparition" de la journée. Tout le monde s'est occupé de lui. Moi, je ne disais plus rien. Je le regardais, c'est tout.
Heureusement, ils étaient tous trop pris pour remarquer mon mutisme.

Je me sentais étrangement mal à l'aise, comme si la petite sonnette d'alarme avait déjà retenti dans ma tête pour me crier "casse-cou". Mais si je l'avais entendue, l'aurais-je seulement écoutée?

Ils avaient faim, maman a proposé à Markos de dîner à la maison, ce qu'il a accepté. J'ai prétexté un mal de tête pour ne pas manger. Déjà, je ne supportais pas l'idée de le partager avec les autres... Je préférais encore me priver de sa présence. J'ai salué tout le monde et je suis allée dans ma chambre.

C'est tout juste s'il m'a regardé en me souhaitant une bonne nuit...

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Les jours suivants, ma soeur est allée chez Markos pour discuter de son projet d'aménagement de ses bureaux parisiens.
Je ressentais une violente jalousie à son égard : elle passait des heures avec lui, des heures où j'aurais tout donné pour prendre sa place, et tout ce qu'elle semblait ressentir, c'était une angoisse sourde de ne pas être à la hauteur.

Je n'arrivais pas à la plaindre. J'en arrivais même à la détester...

Papa s'efforçait de la conseiller, de lui remonter le moral, de lui rappeler qu'elle avait réussi haut la main ses études puisqu'elle était sortie parmi les premiers de sa promo, il ne cessait pas de l'encourager.
Moi je me disais qu'elle n'était qu'une cruche qui ne se rendait même pas compte de sa chance...

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Pour me changer les idées, j'avais décidé d'accepter la proposition de Gio. J'avais besoin de faire mes griffes sur un élément masculin... J'ai donc attaqué la reine-mère...

Mel : Ce sont des Italiens... Enfin, des Franco-Italiens, la mère de Mira et Gio est Française, leur père est Italien...

Jocelyne : J'aurais quand même préféré que tu l'amènes ici avant de sortir avec ce garçon...

Mel : Maman, s'il-te-plaît!... Tu ne connaissais pas non plus les copains avec lesquels je sortais à Paris!

Jocelyne : Oui... Mais, ici...

Mel : Ben justement! Ici, c'est encore plus sûr : regarde, on est là depuis trois semaines, et tout le monde nous connaît! Qu'est-ce que tu veux qu'il m'arrive?

Jocelyne : Bon, c'est d'accord, sinon, tu vas encore me dire que je te couve!... Mais à une condition : il viendra te chercher, comme ça je le verrai, et vous ne rentrerez pas trop tard...

Mel (riant) : Ben, ça fait deux conditions, ça!... Mais c'est okay!

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Yeah!...
J'ai gagné!
Je sors avec Gio ce soir!...
Bon, je l'appelle pour confirmer et voir à quelle heure il peut passer me prendre.

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Mel : D'accord! Je t'attendrai à neuf heures... Tu peux me passer Mira?... Ouaip, à tout à l'heure!

...

Mel : Tu m'en veux pas?...

...

Mel : Bien sûr!... On se voit demain, c'est toi qui passe à la maison?

...

Mel : Mon anniversaire?... Dans trois jours!... Je sais pas ce que mes parents mijotent, ils me préparent une surprise, et je me méfie!...

...

Mel : Hi! Hi! Hi!... Ben, oui, j'verrai bien!...

...

Mel : Okay, à plus!...

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Le soir.

Mel : Eh, Gio! Attends-moi, quand même!

Gio : J't'attends, te bile pas!

Mel : On est où ici?

Gio : Ça s'appelle "le Spartacus"... Tu vas voir... Surprise!

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Mel : Ça fait un peu bourge, non?

Gio (ironique) : Et tu crois que tu es quoi, toi?

Mel : ... Ouais... Bon... Mais ça me fait penser aux trucs de mes parents...

Gio : Ah, c'est chicos, pour sûr! Mais tu vas voir...

Mel : ... J'te fais confiance...

Gio : Merci!

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À peine à l'intérieur, Gio m'a joué le grand jeu... Vantant "mon teint lumineux, mes yeux pers, ma taille de libellule " (sic!).
Quelques semaines plus tôt, j'aurais été ravie de l'emballer aussi vite. Mais, là, je m'en fichais comme d'une guigne...

J'ai répondu, par habitude, retrouvant mes répliques dans ces cas-là, dosant juste ce qu'il fallait pour le tenir à distance raisonnable sans lui faire perdre espoir...
Oh, ça, je savais y faire! Depuis que j'avais des seins et des hanches, les garçons venaient à moi... Je commençais à maîtriser pas mal de trucs de fille!

Mais pourquoi ce n'était pas Markos, là, à la place de Gio?

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Gio : Ça te dit, un petit duo avec moi?

Mel : Si tu as pas peur du ridicule...

Gio : Pourquoi tu dis ça?

Mel : Parce que je chante comme une casserole...

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Gio : Mmmm, mmmm, mmmm, mmmm...

Mel : Mmmm, mmmm, mmmm...

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Je me sentais un peu tarte, là, mais, bon, si ça lui faisait plaisir...

On a massacré deux-trois airs à la mode avant que la foule nous lynche, et finalement, je me suis bien amusée en voyant l'air ébahi des rares spectateurs devant nos... mélodieuses prouesses!

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Gio : Ben, tu vois, on s'en est pas si mal sorti!

Mel : ... Heu... Faut l'dire vite!... Mais c'était tordant!

Gio : ...Tu sais que tu es vachement sexy?...

Mel : Eh, eh... T'es pas mal non plus...

Gio : Hummm!... J'adore ton parfum!...

Mel : ... Dis, t'as pas faim?...

Bon, d'accord, c'est pas très sympa de le refroidir d'un coup, mais j'avais pas trop envie de roucouler, là...

Gio : ... On va se faire un barbecue dans les jardins... Y a des tables et tout ce qu'il faut... Et puis j'te ramène... Je veux que ta mère nous laisse encore sortir ensemble!

Il en bavait presque, le pauvre!... Pour un peu, il m'aurait fait pitié...

Est-ce que l'amour ça rend méchant?

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Le lendemain, changement de programme.
Maman a dit qu'il était temps de faire un peu de tourisme. Papa a traduit : visite de vieilles pierres au menu...

Élodie et papa ont pris leur journée (chouette, elle verra pas Markos!), et on a tous embarqué dans un taxi, direction les ruines de l'antique Sparkos.

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Bien sûr, maman et Élodie se sont extasiées devant le site.

Moi, ces vieux machins éclatés ici et là qui ne permettent même pas de se faire une idée de leur état neuf, ça me laisse de marbre.

Curieusement, papa, avec sa formation artistique, n'est pas trop intéressé non plus.
On s'est caché derrière une grosse tête représentant je ne sais plus quel roi ou général, et il m'a raconté des blagues, pendant que maman et ma soeur faisait la tournée de vestiges...

C'est vrai quoi : qu'est-ce que ça peut bien nous faire aujourd'hui tous ces machins en petits morceaux?
La culture?... Ouais, bof, moi, j'suis d'mon temps!
Allez, soyez pas choqués : j'rigole! J'aime bien l'histoire. À petite dose...

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On a quand même erré plusieurs heures dans ces décombres, j'étais claquée!

Heureusement, on a dégoté un adorable petit café en plein air au bord de la mer où on a pu se reposer.

Maman en a profité pour nous rappeler divers épisodes de l'histoire de la Grèce en général, et de l'île de Sparkos en particulier.
Papa a même cru bon d'en rajouter avec des détails supplémentaires, rien que pour lui faire plaisir. Elle était aux anges!
Ça me fait toujours drôle de penser que mes parents sont encore amoureux l'un de l'autre...

Aïe! Élodie m'a pincé, la peau de vache!
Je lui jette un regard noir, mais c'est vrai que je n'écoutais plus et que je n'ai pas entendu la question de maman. Elle devait être en rapport avec mon programme scolaire, je crois...

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Maman voulait voir une certaine fresque, cité dans son guide, et qui avait échappé à sa vigilance.

Papa et Élodie se sont levés comme un seul homme pour la suivre.
Moi, j'en avais ma claque! J'ai prétexté une douleur à la cheville pour rester au café me croquer un hot-dog.

Un type et sa fille m'ont demandé s'ils pouvaient s'asseoir à ma table, dans un anglais de vache auvergnate, j'ai dit oui.
C'étaient en fait des Espagnols.
On a bavardé de tout et de rien, surtout pas des ruines!
J'aime bien les gens, il y a toujours quelque chose à apprendre d'eux. C'est pas comme les vieilles pierres...

Allez, c'était une journée sympa quand même : le soleil, la mer, toujours bleus, les parfums de l'île...

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25 juillet...

Ça y est, j'ai quinze ans!

Ce matin tout le monde m'a fait un bisou et souhaité un bon anniversaire.
J'ai reçu un pendentif et des boucles d'oreille assorties de mes parents, et un lecteur mp3 dernier cri de ma soeur.
J'aime bien qu'on me gâte!...

Vers treize heures, papa a dit :
" Allez, ce n'est pas fini, ma belle! Une autre surprise t'attend...

Mel : C'est quoi?

Ethan : Eh! Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise... Allons-y, j'entends le taxi."

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Le "Nauticaa"!

J'en étais baba. C'est le restaurant flottant super-classe de l'île, on y croise plus de milliardaires au mètre carré que de puces sur un chien errant...

Waou! Ils ne se sont pas fichus de moi...

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Table royale, serveurs aux petits soins, homard au menu...
Tout ça pour moi, en mon honneur, pour me faire plaisir... Ah, quand ils s'y mettent, mes parents, ils font vraiment bien les choses!

Je buvais du petit lait (moralement, bien sûr)...
Même maman faisait un effort pour ne pas me faire remarquer que je parlais la bouche pleine, que je riais un peu fort, bref, que je ne me tenais pas vraiment comme la petite fille modèle que j'aurais du être..

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Et puis papa a commandé du champagne.
Il a fait un petit speech pour dire que c'était très beau d'avoir quinze ans, d'être une jeune fille intelligente et remplie de qualités (qui ça? moi?...), d'avoir devant soi un avenir qui ne pourrait être que radieux et qui remplirait encore de fierté ses parents...

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Mon Dieu! J'en avais les yeux humides... C'était peut-être l'effet de l'alcool?...
J'ai remercié papa de sa tendre tirade, maman de me supporter, ma soeur de... je ne sais plus quoi...

J'ai bu mon verre comme installée sur un petit nuage rose.

C'était le dernier anniversaire que je passais avec ma famille... L'année suivante je serai devenue une paria dont on voudrait oublier jusqu'au nom...
Heureusement, même si je ne le savais pas, j'ai profité pleinement de ce moment de bonheur...

Posté par Fortuna à 17:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Deuxième partie.

    Super suite, tu écris vraiment bien. Allez bonne continuation !

    Posté par tytou26, 30 septembre 2006 à 13:51 | | Répondre
  • Oh s'il te plait, une petite suite, j'ai envie de savoir, comme d'habitude...
    Les décors sont magnifiques!! Tu as fait du bon boulot là aussi... Je suis époustoufflée!
    Bref, un vrai régal, auquel tu m'as habituée... j'en redemande.
    Poupouss

    PS: et petite demande personnelle, j'ai plus de tes nouvelles... tout va bien j'espère...

    Posté par Poupouss, 07 octobre 2006 à 22:47 | | Répondre
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